Notre lecture
Comment sent Eau des Merveilles ?
Composé par Ralf Schwieger et Nathalie Feisthauer et lancé par Hermès en 2004, Eau des Merveilles a marqué par son originalité : un boisé ambré à l’air libre, lumineux et salin, là où l’ambre évoque habituellement la chaleur lourde. L’ouverture associe orange, citron et élémi, résine aux accents citronnés, pour une fraîcheur pétillante. Le cœur installe un ambre aérien, presque minéral, relevé de poivre, de baies roses et d’une violette discrète : l’effet évoque la peau salée au bord de la mer, le sable chaud, une pointe d’épices. Le fond, cèdre, vétiver et mousse de chêne, apporte une sécheresse boisée et terreuse. C’est un parfum singulier, à la fois frais et chaud, d’une élégance inclassable.
Quand le porter
Il se porte toute l’année sauf aux plus grands froids, au quotidien comme au bureau ; il plaît aux amateurs de boisés lumineux et originaux, bien au-delà de sa cible féminine.
L'histoire de Eau des Merveilles
En 2004, Hermès n’a pas encore de parfumeur maison : Jean-Claude Ellena n’arrive que cette année-là. Eau des Merveilles est donc confiée à deux créateurs extérieurs, Ralf Schwieger et Nathalie Feisthauer, avec un brief qui prend l’ambre à contre-pied. Pas de résines lourdes. Pas de vanille. L’idée est un ambre gris imaginaire, minéral et salé, posé sur des bois secs. Le nom joue sur le merveilleux des contes. À sa sortie, il tranche avec les féminins fruités et floraux qui remplissent alors les parfumeries. Il sent la peau et le bois plus que la fleur, ce qui explique qu’une partie de ses fidèles soient des hommes. Le parfum a surtout ouvert une lignée. Elixir des Merveilles, lancé en 2006, pousse la formule vers l’orange confite et le caramel. D’autres versions ont suivi, dont Eau des Merveilles Bleue en 2018, plus fraîche et plus minérale. Vingt ans plus tard, l’original est toujours au catalogue de la maison. On lui doit en partie la mode des ambres transparents qui a suivi dans les années 2010.
Notre avis détaillé
Sur peau, les premières minutes sont vives : orange et citron, puis l’élémi qui ajoute une odeur de zeste et de résine fraîche. Au bout d’une demi-heure le poivre prend le relais. C’est là que le parfum devient lui-même. Son ambre n’a rien de doux. Il sent le sel sec sur l’avant-bras après une baignade, avec un côté presque piquant. La violette reste très discrète et on la devine plus qu’on ne la sent. Après trois ou quatre heures il ne reste qu’un voile de cèdre et de vétiver, légèrement moussu, très sec. Ce qui nous plaît, c’est cette chaleur sans sucre, rare dans un féminin de grande diffusion. Le défaut est l’autre face de cette qualité. Sur certaines peaux il tire vers l’aigre et le métallique, avec une nuance de carton mouillé qui gâche le fond. Mieux vaut l’essayer une journée entière avant d’acheter. Il ira à ceux qui aiment les boisés clairs et les parfums qui sentent la peau propre, femmes comme hommes. Les amatrices de fleurs blanches ou de gourmands le trouveront austère, voire froid.
Eau des Merveilles face à ses rivaux
Son plus proche parent est Terre d’Hermès, sorti deux ans plus tard dans la même maison. Les deux partagent l’orange en tête, le poivre au cœur et un fond de cèdre et de vétiver. Terre d’Hermès ajoute le pamplemousse, le silex et le patchouli : il sent la pierre chauffée et la terre sèche, là où Eau des Merveilles sent le sel et la peau. Pour un boisé minéral plus structuré, prenez Terre. Pour la transparence et l’effet bord de mer, restez sur Merveilles. Fahrenheit Le Parfum partage l’élémi, la violette et le vétiver. Il les emmène pourtant à l’opposé, vers le cuir, le benjoin et la fève tonka, avec un rendu beaucoup plus doux et nocturne. C’est un choix de soirée d’hiver. Fierce d’Abercrombie & Fitch n’a en commun que les agrumes, la mousse de chêne et le vétiver. Son sapin et son musc en font un parfum savonneux et linéaire, qui ne joue jamais la carte de l’ambre.
Tenue, sillage et usage
Comptez de cinq à sept heures sur peau pour cette eau de toilette d’intensité moyenne, davantage sur un pull en laine ou une écharpe en coton. Le sillage est modéré pendant la première heure, puis il se resserre autour du corps. Trois à quatre pulvérisations suffisent : une à la base du cou, une sur chaque poignet et une sur le haut du torse. Sur peau très sèche, hydratez avant de vaporiser, l’ambre s’accroche mieux. Il est à son meilleur du printemps à l’automne, en journée, au bureau comme le week-end. Par forte chaleur son côté salé ressort très bien. En plein hiver il paraît un peu mince face aux ambres plus riches.
Classé dans la famille oriental / ambré, boisé , Eau des Merveilles fait partie des 6 créations de Hermès présentées dans notre encyclopédie.