Notre lecture
Comment sent L'Interdit ?
Relancé par Givenchy en 2018, L’Interdit reprend le nom du parfum créé autrefois pour Audrey Hepburn, mais avec une formule entièrement nouvelle. Le principe repose sur un contraste : une fleur blanche éclatante et un fond plus sombre. L’ouverture associe poire, bergamote et un accord de fleurs blanches encore frais. Le cœur est dominé par la tubéreuse, entourée de fleur d’oranger et de jasmin, dans une version lumineuse, crémeuse, sans excès indolique. Le fond, lui, prend le contre-pied : vétiver terreux, patchouli et ambroxan tirent la composition vers une zone boisée et minérale, presque fumée. Ce jeu de clair-obscur donne au parfum une tension plus intéressante que celle de nombreux floraux contemporains.
Quand le porter
Il se porte aussi bien au bureau que le soir, surtout en mi-saison ; il plaît aux amatrices de fleurs blanches qui veulent un fond plus mordant.
L'histoire de L'Interdit
Le nom date de 1957. Hubert de Givenchy lance alors L'Interdit, un floral aldéhydé pensé d'abord pour Audrey Hepburn, son amie et sa cliente la plus célèbre. Selon l'histoire racontée par la maison, l'actrice aurait voulu le garder pour elle seule, d'où ce titre. Le parfum de 2018 ne reprend que ce nom et cette filiation. La formule est entièrement neuve, signée Dominique Ropion, Anne Flipo et Fanny Bal. Côté mode, Clare Waight Keller venait de prendre la direction artistique de Givenchy en 2017. Côté parfum, les floraux blancs sucrés tenaient les comptoirs des grands magasins, et la maison manquait d'un pilier féminin moderne à leur opposer. Pour la campagne, le choix de Rooney Mara a surpris : un visage pâle et grave, loin de la muse souriante habituelle, qui colle au thème de la part d'ombre. Ce clair-obscur est resté le fil conducteur des versions suivantes, dont une Eau de Parfum Intense et une déclinaison Rouge. Chacune garde la tubéreuse au centre et fait varier la noirceur du fond. Pour l'acheteur, un point pratique : tout ce qui se vend aujourd'hui sous ce nom descend de 2018, pas du flacon d'Audrey Hepburn.
Notre avis détaillé
Nous l'avons porté plusieurs jours de suite, et la première impression trompe. Pendant vingt minutes, la poire et la bergamote donnent un départ sucré assez banal, qu'on pourrait confondre avec dix floraux grand public. Puis la tubéreuse s'installe. Elle est crémeuse et nette, avec une fleur d'oranger qui lui donne un côté savon propre. C'est vers la deuxième heure que le parfum devient intéressant : le patchouli et le vétiver remontent sous la fleur avec un effet de terre humide et de cendre froide. Sur une peau chaude, ce contraste se lit bien. Sur une peau sèche, nous avons surtout senti l'ambroxan, un fond boisé ambré un peu synthétique qui écrase les nuances. Le défaut principal est là. La noirceur promise reste polie, et le fond final ressemble à beaucoup de féminins récents. Après cinq heures, il ne reste qu'un voile boisé avec un souvenir de fleur blanche. Il plaira à celles qui aiment les fleurs blanches mais trouvent les tubéreuses classiques trop capiteuses. Les amatrices de tubéreuses charnues à la Fracas le trouveront timide, et celles qui saturent déjà des fonds à l'ambroxan passeront leur tour.
L'Interdit face à ses rivaux
Face à My Way de Giorgio Armani, la parenté saute au nez : bergamote, fleurs blanches, tubéreuse et jasmin dans les deux cas. La différence tient au fond. My Way glisse vers la vanille et le santal, plus doux et plus solaire, quand L'Interdit tire vers le vétiver et le patchouli. Pour une fleur blanche réconfortante, prenez My Way. Pour du relief et un fond sec, L'Interdit fait mieux. Bamboo de Gucci partage la tubéreuse et la fleur d'oranger, mais son lys Casablanca et son ylang-ylang le rendent plus poli, presque cosmétique, sur un fond santal et vanille. C'est le plus sage du groupe et le plus simple à porter au bureau. A Drop d'Issey n'a en commun que le jasmin, la fleur d'oranger et l'ambroxan. Il joue le lait d'amande et le lilas, une douceur cotonneuse sans tubéreuse, et nous le conseillons à qui trouve L'Interdit trop affirmé. Des quatre, L'Interdit reste celui qui a le plus de contraste.
Tenue, sillage et usage
En eau de parfum et avec une intensité moyenne, L'Interdit tient en général six à huit heures sur peau, davantage sur un pull en laine. Le sillage est net pendant les deux premières heures puis se resserre autour de vous. Trois pulvérisations suffisent : une à la base du cou, deux sur les poignets ou l'intérieur des coudes. Au bureau, limitez-vous à deux, car la tubéreuse peut vite remplir une pièce. Il est à son avantage de l'automne au printemps, quand l'air frais laisse le fond boisé se déployer. En plein été, la poire et la fleur blanche deviennent lourdes. Pour un dîner ou un rendez-vous, une brume légère dans les cheveux prolonge la tenue sans forcer le sillage.
Classé dans la famille floral, boisé , L'Interdit fait partie des 5 créations de Givenchy présentées dans notre encyclopédie.