Notre lecture
Comment sent J'adore ?
Composé par Calice Becker et lancé en 1999, J’adore a imposé chez Dior un floral solaire et abstrait, porté par son flacon amphore au col doré. Le parfum ne cherche pas à reproduire une fleur mais à suggérer un bouquet idéal. L’ouverture est juteuse : poire et melon apportent une fraîcheur aqueuse, tandis que le magnolia donne une première note florale citronnée. Le cœur déploie rose, jasmin et violette dans une harmonie lisse, sans lourdeur, où le jasmin prend peu à peu de l’ampleur. Le fond, musc, vanille et cèdre, reste léger et soyeux, prolongeant la sensation de peau propre plutôt que de chaleur ambrée. J’adore a défini le grand floral féminin des années 2000 : lumineux, fluide, consensuel au meilleur sens du terme.
Quand le porter
Au quotidien, du printemps à la fin de l’été, au bureau comme lors d’un mariage ; il plaît aux amatrices de fleurs blanches lumineuses et sans ombre.
L'histoire de J'adore
À la fin des années 1990, Dior vit l’époque John Galliano, arrivé à la tête de la couture en 1996, et la maison assume de nouveau le spectaculaire. Côté parfum, la décennie a surtout produit chez Dior des créations très typées, comme Dune en 1991 ou Dolce Vita en 1995. Il manque un floral moderne et lumineux, capable de parler au plus grand nombre. J’adore vient occuper cette place en 1999, dans une parfumerie encore dominée par les notes aquatiques et les muscs transparents. Calice Becker compose un bouquet sans fleur dominante, qui se reconnaît pourtant tout de suite. Le flacon est dessiné par Hervé Van der Straeten, designer et orfèvre, qui en fait une amphore étirée. Son col doré tient davantage du bijou que du bouchon. Charlize Theron en est l’égérie depuis 2004, dans des films où l’or revient comme un motif obsessionnel. La famille s’est beaucoup agrandie depuis, avec notamment L’Absolu, L’Or et Infinissime, chacun tirant le bouquet vers plus de richesse ou plus de légèreté. Aucune version n’a la clarté de celle de 1999.
Notre avis détaillé
C’est l’ouverture qui surprend le plus. Poire et melon donnent une fraîcheur aqueuse, presque pastèque, que le magnolia tire vers le citron. Au bout de vingt minutes, le jasmin commence à monter. C’est lui qui mène la suite, avec la rose en soutien et une violette qui ajoute une douceur un peu poudrée. Pendant deux ou trois heures, J’adore reste d’une grande netteté, comme une fleur blanche dont on aurait limé le côté animal. Le fond de musc, de vanille et de cèdre s’installe ensuite en douceur, et la peau garde jusqu’au soir une odeur de savon fin et de pétales tièdes. Nous admirons son exécution, où pas une note ne dépasse. C’est aussi sa limite. Il manque d’aspérité, et comme on le croise partout, il finit par ne plus surprendre. Le melon d’ouverture peut aussi paraître synthétique à certains nez. Il ira aux femmes qui veulent un floral élégant pour toutes les occasions, du bureau au dîner de famille. Il décevra celles qui aiment les fleurs blanches charnelles et indoliques, et toutes les personnes pour qui un parfum doit bousculer.
J'adore face à ses rivaux
Idôle de Lancôme reprend la poire et le duo rose et jasmin sur un fond de musc et de cèdre. Idôle recentre tout sur la rose et reste plus sec. J’adore est plus ample et plus solaire, emmené par le jasmin. L’Air du Temps de Nina Ricci partage rose, jasmin et violette, avec le musc et le cèdre au fond. Sa pêche et son néroli sur un santal crémeux en font un floral plus doux et plus ancien, presque poudré. Mojave Ghost de Byredo ne garde en commun que la violette, le magnolia et le cèdre. C’est un floral boisé plus abstrait, sec et minéral, sans rien de solaire. Pour un floral lumineux et polyvalent, J’adore reste la référence. Idôle conviendra aux plus jeunes, qui veulent une rose nette au quotidien. Mojave Ghost s’adresse à ceux qui préfèrent l’ombre à la lumière.
Tenue, sillage et usage
Avec une intensité de 3 sur 5, J’adore en eau de parfum tient six à huit heures sur peau dans des conditions normales. Le sillage est agréable et net pendant deux heures, puis il se fait discret sans disparaître. Deux ou trois pulvérisations conviennent : cou, poitrine et, si vous le souhaitez, un léger voile sur les cheveux à bonne distance. Il se porte surtout au printemps et en été, en journée, au bureau ou pour un événement. Par forte chaleur, le jasmin prend plus de place et une pulvérisation de moins suffit. En hiver, il paraît un peu léger.
Classé dans la famille floral , J'adore fait partie des 15 créations de Dior présentées dans notre encyclopédie.