Notre lecture
Comment sent 1881 ?
Baptisé d’après l’année de fondation de la maison de tissus Cerruti, 1881 prolonge dans le parfum l’élégance sobre du tailleur italien. C’est une fougère aromatique claire, construite comme une promenade dans une garrigue ventée. L’ouverture associe bergamote, lavande et cyprès résineux, fraîche et un peu sèche. Au cœur, le genièvre apporte une note de baie poivrée, le géranium une touche rosée et verte, le cèdre une structure droite. Le fond de santal, de musc et d’ambre adoucit l’ensemble et laisse une trace propre, légèrement poudrée. Rien de spectaculaire, mais une tenue irréprochable et un vrai sens de la mesure, typique des masculins de l’époque.
Quand le porter
Idéal au bureau et aux beaux jours, avec une chemise claire. Il plaît aux hommes qui aiment les fougères discrètes et élégantes.
L'histoire de 1881
Le chiffre du nom renvoie à 1881, année où la famille Cerruti ouvre une filature de laine à Biella, dans le Piémont. Des décennies plus tard, Nino Cerruti, héritier de l'entreprise, la prolonge vers la mode et ouvre en 1967 une boutique à Paris sous le nom Cerruti 1881. C'est chez lui, dans les années 1960, que le jeune Giorgio Armani fait ses classes comme styliste pour homme. Le parfum de 1990 arrive donc dans une maison qui vend d'abord du tissu et des costumes. Il en adopte le vocabulaire. Pas de séduction appuyée ici, mais une fougère aromatique claire qui parle de lin et de coupe nette. Le contexte olfactif est parlant. Les masculins sortent à peine des années Kouros et Drakkar Noir, puissants et parfois animaux, et la vague aquatique s'apprête à tout emporter. 1881 se glisse entre les deux : plus propre que les fougères musclées de la décennie précédente, plus classique que les parfums marins qui suivront. Une version féminine a vu le jour au milieu des années 1990, et la ligne a connu plusieurs déclinaisons sans que l'original perde sa place de référence chez Cerruti.
Notre avis détaillé
Nous aimons son premier quart d'heure : lavande sèche, bergamote et cyprès résineux, l'odeur d'une haie taillée au soleil. Ce départ n'a rien de sucré, et c'est un soulagement dans le rayon masculin actuel. Le genièvre arrive ensuite avec une note de baie poivrée, le géranium apporte un vert rosé, et le cèdre tient l'ensemble droit. C'est net, bien dessiné, un peu austère. Après deux heures, le santal et l'ambre arrondissent le tout vers une peau propre, légèrement poudrée, qui rappelle la mousse à raser haut de gamme. Là se trouve sa limite. Ce fond reste générique, et le parfum sent clairement son époque, ce qui le fera juger daté par un public habitué aux boisés ambrés récents. Il manque aussi de relief quand il fait froid. Nous le conseillons aux hommes qui veulent un parfum de bureau irréprochable, sans sucre ni fumée, et à ceux qui ont aimé les fougères classiques. Les amateurs de gourmands ou de sillage spectaculaire s'y ennuieront vite, et nous le comprenons.
1881 face à ses rivaux
Valero de Parfums de Marly est son cousin moderne le plus proche. Bergamote, genièvre et lavande sont communs aux deux, tout comme le cyprès et le géranium. Valero ajoute un cédrat et une muscade, puis un fond d'ambroxan et de patchouli à la densité d'extrait. C'est plus puissant, plus cher et plus actuel, là où 1881 reste léger et classique. Versace Pour Homme partage la bergamote, le cèdre et le géranium, avec un fond d'ambre et de musc. Son néroli et sa fève tonka le rendent plus lumineux et un peu plus doux, avec une allure méditerranéenne plus estivale. Drakkar Noir reprend enfin la lavande et le genièvre avec le cèdre, mais le cuir et la mousse de chêne l'emmènent vers une fougère sombre et musclée. Pour le bureau en été, prenez 1881 ou Versace. Pour une tenue longue et du sillage, Valero s'impose.
Tenue, sillage et usage
Intensité moyenne pour une eau de toilette : 1881 tient en général quatre à six heures, avec un sillage modéré les deux premières heures puis une trace proche de la peau. Trois à quatre pulvérisations conviennent, sur le cou, la nuque et le torse. Une pulvérisation sur la chemise prolonge la lavande sans risque de tache sur un tissu clair, à condition de laisser sécher avant de s'habiller. C'est un parfum de printemps et d'été, fait pour le bureau et la journée. Il supporte bien la chaleur, où ses notes aromatiques respirent. Le soir et par grand froid, il s'efface trop vite pour convaincre.
Classé dans la famille fougère, aromatique , 1881 fait partie des 1 créations de Cerruti présentées dans notre encyclopédie.